- Les résultats de l’élection présidentielle ont été plus serrés que ne le présageaient les sondages. La mort du président sortant est-il l’unique raison du bon score de son jumeau, Jaroslaw Kaczyński ?

Eryk Mistewicz: – Le bon score de Kaczyński est lié à un choix émotionnel des électeurs et non pas à un choix politique.

Le décès de Lech Kaczyński a été le sujet le plus important de cette campagne. Car ce ne sont pas seulement l’ancien président et sa femme qui ont disparu dans le crash aérien, mais aussi l’élite de la Pologne. La question principale a été celle des responsabilités du gouvernement polonais mais aussi des autorités russes qui s’occupaient de l’aérogare de Smolensk.

Il y a eu une énorme émotion autour de la famille Kaczyński, comme l’ont montré les foules réunies autour du palais présidentiel et le bon niveau de participation électorale malgré la période de vacances. Ce n’est donc pas le programme économique ou le programme social de Jaroslaw Kaszyński qui explique son résultat élevé mais les émotions des Polonais qui ont voulu montrer qu’ils étaient avec lui.

- Autre surprise, au 1er tour, le bon score du candidat de gauche, Grzegorz Napieralski, avec presque 14% des suffrages. Néanmoins, comment se fait-il que la social-démocratie ne fasse pas des scores plus élevés encore en Pologne  ?

- Après 1989, la gauche a été plusieurs fois au pouvoir mais les souvenirs de ces gouvernements de gauche en Pologne sont mauvais. Ils représentaient plutôt la bureaucratie alors que Napieralski est l’équivalent d’Olivier Besancenot : un homme très jeune, plus proche de la population, qui s’adresse aux gens qui ne veulent voter ni pour Komorowski ni pour Kaczyński.

Ses propositions nouvelles, plus proches de la population, expliquent son score, très élevé dans le contexte polonais.

Au deuxième tour, plus de 70% des électeurs de Napieralski ont ensuite voté pour Komorowski. Après 10 ans d’existence, le parti Plateforme civique a ainsi la possibilité de gouverner pendant encore 7 ou 8 ans en créant une coalition de centre-gauche avec Napieralski, en vue des élections parlementaires, mais aussi régionales en novembre 2010.

- Quelles vont être les priorités politiques du nouveau président? Les prochaines échéances électorales – régionales à l’automne et législatives en 2011 – ne risquent-elles pas de constituer un frein aux réformes?

- Cette période est très difficile économiquement mais la majorité parlementaire est soutenue par le président en Pologne. C’est Donald Tusk, le chef du gouvernement, premier homme politique de la Pologne qui va garantir la stabilité économique du pays.

Nous sommes les garants d’une économie raisonnable et il n’y a pas de possibilité de crash économique en Pologne, ce qui constitue une très bonne nouvelle pour les marchés.

Malgré les propositions électorales vers des groupes sociaux, les Polonais savent que les campagnes électorales sont le temps du marketing politique et que le retour à la réalité est dur.

- La Pologne exercera la présidence du Conseil de l’Union européenne au second semestre 2011. Quel impact va avoir l’élection de Komorowski sur la politique européenne du pays ?

- L’élection de Komorowski, plutôt que de Kaczyński, constitue une très bonne nouvelle pour l’Union européenne.

Nous serons des partenaires très stables pour l’Union européenne durant la présidence de l’Union. M. Napieralski a aussi demandé à ce que la Pologne adopte la Charte européenne des droits fondamentaux mais la question est pour le moment très difficile et non résolue. Il faudra attendre quelques semaines ou quelques mois pour trouver la solution.

- Dans une lettre au nouveau président, Nicolas Sarkozy évoque une collaboration « déjà très dense » entre la France et la Pologne. Est-ce une réalité et dans quels domaines les relations bilatérales peuvent-elles se développer ?

- Après les élections présidentielles en France, Nicolas Sarkozy avait tenu à plusieurs reprises des propos très amicaux envers la Pologne. Aujourd’hui, les relations entre la France et la Pologne vont encore s’améliorer. Plusieurs domaines vont être approfondis, dont le développement des réseaux ferroviaires et du programme de train à grande vitesse et l’énergie nucléaire.

La France et la Pologne ont aussi les mêmes priorités pour la politique agricole commune (PAC). Beaucoup de signes témoignent du fait que la coopération entre les deux pays va s’améliorer avec M. Komorowski.